Ballade en Pays Karen (Thaïlande)

Journée de voyage et d’acclimatation

Arrivant des quatre coins de France, rendez vous était pris devant le guichet Emirate a CDG, 20 personnes, certaines personnes déjà connues me rejoignaient, pour vivre ensemble nos passions communes, la découverte de nouveaux horizons, l’entraide et bien sur le tout terrain.

Le but de ce voyage est de visiter en pickup Hilux le nord de la Thaïlande à la limite du Laos et de la Birmanie et surtout de faire une bonne action en approvisionnant les villages Karen en riz et autres denrées que nous transporteront. Et pour finir 2 jours au bord de la mer et visite de Bangkok.

Un bon tour d’A380 plus tard nous arrivons à Bangkok et à la sortie de l’aéroport premier choc thermique 33°. Une bonne douche et une petite nuit passée dans un hôtel de Bangkok puis retour à l’aéroport pour arriver une heure plus tard à Chiang Maï.

L’ensemble du groupe récupère son Toy pour 7 jours et y installe radio et GPS. Cette fois c’est bien parti mais doucement, la circulation à gauche, le trafic plus qu’intense m’incite à  rester très concentré car il ne faut pas se perdre. Le copilote est très sollicité pour ne pas lâcher le groupe, répondre à la radio, pendant que je me bats avec le levier de vitesse, les clignotants, les phares et les rétroviseurs. Heureusement nous sommes très vite sortis de la grande ville et nous avons rejoint le Temple de Doi Suthep afin de prévenir Bouddha de notre présence pour qu’il nous surveille du coin de l’œil et nous évite les accidents et les galères.

5 km de plus et nous voilà déjà sur la première piste, quel changement, la végétation luxuriante et incroyablement dense de chaque côté d’un ruban de terre rouge pas trop poussiéreuse. Nous continuons à monter sur une piste qui devient cassante et glissante au milieux des Litchi chinepsis. La première galère arrive, perte d’une rotule et surtout de son écrou qu’avec beaucoup de chance nous retrouvons, merci Bouddha ! Nous traversons de nombreux villages d’agriculteurs Mhong avant de d’arriver à l’hôtel.

Deuxième journée

Après le briefing du matin me voilà reparti avec de bonnes résolutions (je ne me suis pas trompé de côté en arrivant à la voiture) prêt à en découdre avec les routes normales, les routes cabossées et les pistes.  C’est un enchainement de montées et de descentes de lacets, très peu de voitures, beaucoup de cyclos et toujours des sourires étonnés de voir ces européens se perdre sur leurs pistes montagneuses. Malgré les nombreux arrêts photos pour immortaliser de magnifiques paysages nous continuons sur un rythme soutenu et nous arrivons à  Samoeng où la culture des fraises est intensive, pour finir par redescendre vers Mae Chaem où nous traversons les rizières pour arriver au terme de notre étape.

Il faut savoir que le parcours que nous effectuons est bien loin des routes touristiques conventionnelles et que la population n’a pas l’habitude de voir des touristes et encore moins en nombre. Lorsque le lendemain nous nous rendons au marché pour acheter le pique nique nous faisons l’attraction. Pour nous aussi c’est un choc tant les odeurs et les étals sont différents de ce que nous connaissons. Heureusement nos accompagnateurs Thaïlandais nous expliquent et nous conseillent pour nos achats. Nous reprenons la route puis la piste pour monter par la vallée des choux à 1660 mètres et redescendre au gré d’un paysage très vallonné dans une jungle épaisse parsemé de petits villages accrochés dans la verdure à flanc de montagne qui nous surprennent d’un coup a la sortie d’un virage.

Troisième jour

>Le lendemain nous entrons enfin vraiment chez les Karen nous trouvons de petits villages avec quelques maisons isolés ou nous pouvons commencer à distribuer les sacs de riz qui sont alignés dans nos bennes. Pour cela nous nous adressons à chaque fois au directeur de l’école à qui nous donnons le riz pour que les enfants en profitent.

Les villages Karen on l’air de manquer d’un grand nombre de choses et du fait qu’ils s’efforcent de cultiver une terre montagneuse, ils sont toujours à la merci de la qualité de leurs récoltes. Pour les aider le gouvernement Thaïlandais a mis en place des prêts qui leurs sont destinés afin qu’il puissent acheter le nécessaire pour leurs cultures. Malheureusement pour beaucoup cela a eu un effet pervers car ils sont toujours dépendants du climat et bien souvent, ils ne peuvent plus payer leurs échéances, les achats grâce au prêt n’ayant pas toujours été judicieux.

Mais reprenons la piste des cimes et après un arrêt au chedi de Doi Pepper pour nous rappeler à Bouddha et pour voir la vue magnifique, nous redescendons sur la piste au milieu de l’étroite communion entre la jungle et la montagne. Une averse impromptue nous stoppe dans notre élan. Je suis sur une patinoire ! Impossible de continuer sur une piste détrempée entre précipice et montagne sur une pente a 12% (dixit Navigattor). Obligés d’attendre que cela sèche on arrive a peine à tenir debout à pied et la terre colle au roues. Bref il est urgent de ne rien faire ! Au bout d’une heure, la température aidant, nous pouvons reprendre notre cheminement au pas et en serrant les fesses. Nous arrivons tard à l’hôtel fait de bungalows au dessus d’un marigot qui grouille littéralement de poissons.

Quatrième jour

Départ à 9h par la route et chaque matin certains d’entre nous roulent du mauvais côté et font une embardée spectaculaire lorsqu’on le leur signale avec la radio. Puis nous  Arrivons au camp de réfugiés de Méla . 50 000 personnes principalement des Karen vivent là depuis 1984. Bloqués entre la Birmanie qu’ils fuient et la Thaïlande qui ne veut pas d’eux. Aidés par le programme alimentaire mondial depuis 30 ans !!!! c’est un spectacle désolant bien sûr mais aussi un formidable exemple d’ingéniosité, de solidarité et de tolérance, faire tenir autant de cabanes en bois dans un espace aussi confiné et pentu, avec un hôpital, une université, des écoles tout cela sans oppositions entre bouddhistes et catholiques.

Bref c’est un peu secoués que nous reprenons la piste en direction de Mai Pai . Après avoir franchi quelques gués nous escaladons une montagne pour arriver au village ou nous livrerons la majeure partie de notre riz. L’orga des pistes nous avait prévenus que ce serait une soirée entre « Pékin Express et Rendez vous en terre inconnue ». En arrivant au village nous sommes accueillis par le curé qui nous explique comment cela va se dérouler. Les Karens sont très heureux de ce que nous faisons pour eux et sont très fiers de nous recevoir aussi chacun des équipages choisira une carte avec un numéro et devra trouver sa maison dans le village puis se présentera et passera la soirée avec ses hôtes.

Il nous a préparé un petit lexique de phrases qui nous permettra d’entamer la « conversation » et nous rappelle avant de nous lâcher que demain nous sommes attendus à 8h à l’école pour remettre notre chargement, que les Karen ont pour coutume de manger après nous qu’il ne faudra donc pas nous en offusquer et que ce village étant catholique ils sont adeptes du shake hands.

Je me suis retrouvé dans une famille fort sympathique, très désireuse de savoir comment nous vivions en France. La soirée a continué autour d’un feu de bois lorsque les batteries alimentées par des capteurs solaires furent à plat. Pour ma part j’ai dormi dans une habitation en bambou sur un matelas en bambou avec des meubles en bambou !

A l’école ce fut surprenant, tous les enfants nous attendaient pour la cérémonie du lever du drapeau puis ils ont chanté l’hymne national et quelques autres chansons et ils nous ont fait visiter leur école. Nous étions admiratifs devant leur obéissance et le respect des professeurs et des bâtiments. Quelle différence entre nos deux cultures !

Nous avons laissé 1 tonne de riz, comme l’école et la cantine sont obligatoires nous sommes sûrs que celui-ci sera bien utilisé pour les plus jeunes. Après la distribution de cadeaux pour les enfants et les discours obligatoires, il était temps pour nous de repartir sur la piste en laissant derrière nous Mai Pai et plein de bon souvenirs.

Après quelques km de piste nous avons fait une halte pour descendre à pied vers une magnifique cascade pour prendre une bonne douche. En revenant à ma voiture j’ai eu la désagréable surprise de m’apercevoir que je m’étais garé à côté d’un arbre à araignées. Imaginez un gros buisson couvert de milliers de ces bestioles qui bien sûr avaient en partie voulu visiter mon Toy. J’avoue que la solidarité pour une fois a été mise à mal et je me suis retrouvé bien seul pour virer les visiteuses et réintégrer mon véhicule.

La fin de l’étape fut sans encombre par une piste taillée dans la montagne entre bananier et bambous géants et l’hôtel avec vue sur fleuve, très original.

Cinquième jour

Le lendemain départ de bonne heure car nous devons parcourir une piste qui nous a été annoncée comme difficile. Après quelques km de route nous nous engageons sur le bord d’une rivière et nous arrivons au pied d’une montagne. La piste monte vigoureusement et est tellement ravinée que nous passons d’une ornière à l’autre sans jamais voir un bout plat. Nos fougueux Hilux font ce qu’ils peuvent et nous demandons fortement à Bouddha de nous épargner la pluie. Un peu plus tard, lors d’une pose nous apercevons d’énormes bouses bien fraîches. Notre guide nous explique qu’il  reste encore quelques éléphants sauvages dans ce coin et qu’il est préférable de partir de suite. Même un Toy ne saurait résister à une attaque de pachyderme. Joy nous explique que cette piste oubliée a été rouverte par lui. En effet il organise chaque année un grand rassemblement de 4X4 qui regroupe jusqu’à 200 véhicules de franchissement.

Sixième jour

Le lendemain retour à Chiang Mai, restitution des véhicules, tous ont le coté gauche rayés (pas évident la conduite a droite !) le loueur ne nous fait pas de problèmes, nous sommes surpris de rencontrer les premiers touristes depuis notre départ. Visite de la ville des temples et du night bazar.

Dernier jour avant notre retour en France

Apres nous sommes partis 2 jours au bord de la mer puis nous avons visité Bangkok. Durant 1300 km dans cette partie du pays nous n’avons croisé aucun touriste, et c’est vraiment étonnant qu’en Thaïlande l’un des pays les plus visités, il reste des régions comme celle-ci.

Merci a Muy, Joy, James de nous avoir accompagnés, à Didier, à Jeff bien sûr et à Ferran de Navigattor pour sa cartographie.